jeudi 20 juin 2013

A l'IRCAM, deux œuvres-phares de Yan Maresz ont serti deux créations notables, l’une de la jeune Diana Soh l’autre de Luis Fernando Rizo-Salom

Paris, Festival ManiFeste 2013, IRCAM, Espace de Projection, mercredi 19 juin 2013

Yan Maresz (né en 1966)

Pas de nouveauté signée Yan Maresz pour le second « Portrait » que lui aura consacré le festival ManiFeste de l’IRCAM, a contrario du premier (voir http://brunoserrou.blogspot.fr/2013/06/avec-tutti-yann-maresz-offert-au-public.html). Cette fois, le compositeur français né à Monaco en 1966 a fait figure de référent, deux de ses pièces composées entre 1995 et 2001 à l’IRCAM, dont elles sont autant d’œuvres emblématiques à l’instar de plusieurs partitions de Philippe Manoury, ont encadré deux créations, l’une de Diana Soh, l’autre de Luis Fernando Rizo-Salom.

Laurent Bômont, créateur de Metallics, membre de l'Ensemble Court-Circuit

Metallics, pour trompette et dispositif électronique en temps-réel, est l’une des pages les plus représentatives à la fois de son auteur, Yan Maresz, et de l’IRCAM, où elle a été réalisée. Conçue en 1994 durant le Cursus de composition et d’informatique musicale de l’IRCAM, révisée en 2001, cette pièce est à la source de la mise au point par l’Institut de deux outils conçus pour une plus grande interactivité entre l’instrument et l’ordinateur, un micro-capteur placé dans l’embouchure de l’instrument qui, par une analyse extrêmement précise du signal d’entrée, permet le suivi de hauteurs et d’amplitude, et un petit déclencheur situé sur l’instrument actionné par l’interprète par le biais de son pouce ( pour davantage de précisions, voir http://www.yanmaresz.com/catalogue/metallics). Désormais au répertoire de tous les trompettistes un tant soit peu ouverts à la musique de notre temps, Metallics a été interprété hier par le créateur des trois versions qu’a connues l’œuvre, Laurent Bômont. Membre de l’Ensemble Court-Circuit, jouant l’œuvre avec une aisance naturelle, passant dextrement d’une sourdine à l’autre, il en a donné une interprétation lumineuse l’inscrivant à la fois dans la modernité et dans le classicisme, secondé par une électronique bien assimilée et qui apparaît du coup sans artifices, tant timbres et sons sont subtilement dosés et son utilisation fluide…

Diana Soh (née en 1984)

Après une diffusion des sons informatiques sans accroc, l’on s’attendait à ce que l’œuvre suivante, usant de procédés voisins de ceux de Metallics, soit diffusée sans pus de problèmes côté console… Or, cela n’aura pas été le cas, ladite œuvre, donnée en création, ayant connu d’entrée un aléa électronique. A la vue du visage de la soprano allant se décomposant, le public a très vite compris qu’il se passait quelque chose d’anormal, avant qu’elle n’interrompt soudain l’exécution et fasse signe à la technique de sa décision, puis, une longue poignée de secondes plus tard, de donner un nouveau départ, une fois le problème résolu dans la bonne humeur. Arboretum : of myths and trees de Diana Soh (née en 1984) a été réalisé en 2012-2013 dans le cadre du Cursus 2 de composition et d’informatique de l’IRCAM, à l’instar de Metallics de Maresz dix-huit ans plus tôt. La jeune singapourienne, qui a commencé le piano à 4 ans dans sa ville natale avant de se rendre à Buffalo (Etats-Unis) et de passer entre autres par Royaumont, Acanthes et Gaudeamus, a choisi de mettre en musique un texte en trois parties de James R. Currie - Diana Soh a déjà composé un opéra de chambre (The Boy who lived down the lane) sur un livret de Currie - consacré au mythe d’Apollon et Daphné, qui a inspiré quantité de poètes et de compositeurs - Richard Strauss en a tiré un opéra en 1936 trop rare sur les scènes françaises. Ecrite pour soprano, deux flûtes, harpe, piano et dispositif électronique, la partition atteste d’une énergie et d’une maîtrise du son, de la voix et de l’outil informatique incontestable.  

Elise Chauvin (soprano)

La cantatrice - impressionnante Elise Chauvin -, est la maîtresse du jeu, la compositrice lui ayant donné la place centrale en lui attribuant le contrôle de l’exécution des traitements électroniques sur la harpe et le piano par une série de gestes de ses mains dotées de mitaines précisément notée, tandis que son chant trouve sa résonance dans les sons émis par les flûtes. Cette œuvre d’une douzaine de minutes trahit une vraie musicienne, qui sait utiliser l’informatique tel un instrument à part entière, à l’instar de la voix et de l’instrumentarium acoustique, que la première prolonge et enrichit en parfait syncrétisme. La stridence d’une fréquence de flûte qui vrillait tel un bourdon dans mon oreille m’a gêné dans la perception de l’œuvre, tandis que l’écriture vocale est souvent dans le cri, mais il en émane étonnamment quelque chose de fin, de fruité. Des qualités intrinsèques qui laissent percevoir beaucoup de potentiel.

Luis Fernando Rizo-Salom (né en 1971)

La seconde œuvre en création, seule pièce du programme dirigée – le directeur musical de Court-Circuit, Jean Deroyer, était au pupitre du chef -, a été le sextuor pour vents et cordes (flûte, clarinette, cor, violon, alto et violoncelle) sans électronique de Luis Fernando Rizo-Salom (né en 1971). Les Quatre pantomimes pour six  du compositeur colombien est immédiatement séduisante, avec ses rythmes syncopés, son énergie vitale qui ne cesse de se renouveler et qui lui donne une pulsation conquérante. Le violoncelle est l’assise de la pièce, Rizo-Salom lui faisant utiliser tous les modes de jeux possibles, et le cor, dont les hurlements et les stridences usent continuellement de glissandi, ce qui donne à l’œuvre un côté ludique de bon aloi, à l’instar de la partition entière, joyeuse, joueuse, complexe mais sans en avoir l’air...

Créée le 6 juin 2004 par l’Ensemble Intercontemporain dans le cadre du Festival Agora de l’IRCAM (l’ancêtre de ManiFeste), la seconde œuvre de Yan Maresz proposée hier, Sul Segno, associe harpe, guitare, cymbalum, contrebasse à cinq cordes et dispositif électronique. Dans cette œuvre de vingt minutes, le compositeur reprend le matériau du ballet Al Segno qu’il avait composé en 2000 à la demande de l’IRCAM pour le chorégraphe François Raffinot alors en résidence à l’Institut. Sul Segno explore les aptitudes des instruments résonnants à cordes pincées étendues à l’électronique. Ce qui en résulte, après une amorce difficile - les régisseurs son ont eu du mal à trouver leurs marques avec la contrebasse -, est d’un raffinement et d’une sensualité extrêmes pas même réfrénés par l’étonnante énergie qui émane de l’œuvre en regard de l’effectif réuni sur le plateau. 

Musiciens de l'Ensemble Court-Circuit

Les musiciens de Court-Circuit, ensemble dont Yan Maresz est l’un des compositeurs fétiches, ont donné de chacune des œuvres du programme une interprétation au cordeau, suscitant un plaisir de l’écoute continu. Tant et si bien qu’il m’est impossible de résister au plaisir de les citer tous : Jérémie Fèvre et Marion Ralincourt (flûte), Pierre Dutrieu (clarinette), Antoine Dreyfuss (cor), Laurent Bômont (trompette), Françoise Rivalland (cymbalum), Jean-Marie Cottet (piano), Véronique Ghesquière (harpe), Christelle Séry (guitare), Alexandra Greffin (violon), Claire Merlet (alto), Pablo Tognan (violoncelle) et Didier Meu (contrebasse), rejoints par la soprano Elise Chauvin.

Bruno Serrou

Photo : DR


mardi 18 juin 2013

L’Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg et son directeur musical Youri Temirkanov magistraux dans un programme rebattu

Paris, Théâtre des Champs-Elysées, lundi 17 juin 2013

Youri Temirkanov. Photo : DR

Depuis l’ère Ievgueni Mravinski, l’Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg (ex-Orchestre Philharmonique de Leningrad) est considéré comme l’une des formations symphoniques les plus prestigieuses au monde. Cela à juste titre. Le concert donné hier au Théâtre des Champs-Elysées, dont il est tous les ans l’invité, l’a confirmé une fois de plus. Tant et si bien qu’il est toujours indéniable que, malgré les progrès impressionnants de l’Orchestre du Théâtre Mariinsky sous l’impulsion de son énergique patron Valery Gergiev, il demeure, sous l’influence de son directeur musical depuis 1988 Youri Temirkanov, l’orchestre russe référent.

L'Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg dans sa célèbre salle de la Philharmonie

C’est pourquoi l'on ne peut que regretter ici que le programme ait été par trop convenu, malgré son unité fondée sur l’idée de musique russe inspirée par l’Orient autour de la personnalité de Nikolaï Rimski-Korsakov, dont une œuvre concluait le programme précédée de pages de l’un de ses compagnons du Groupe des Cinq ainsi que de son élève le plus célèbre. Pourquoi cet orchestre magnifique n’a-t-il pas donné en première partie l’intégrale du ballet d’Igor Stravinski l’Oiseau de feu de 1910, qui fut créé à l’Opéra de Paris, plutôt que la suite d’orchestre de 1919 à laquelle il a associé le bruyant marronnier que constituent les Danses polovtsiennes d’Alexandre Borodine ?... Surtout lorsque l’on entend les beautés qui émanent de l’orchestre entier et des pépites sonores qu’exaltent tous les solistes, sans exception. Certes, dans ces interprétations foudroyantes, la fusion s’avère aussi un modèle de perfection et d’homogénéité, quel que soit le nuancier, et le spectateur reste scotché sur son siège par la magie des timbres et des résonances qui naît de l’ensemble. Tant et si bien que l’on reste plus encore sur sa faim, tant l’on regrette que ces remarquables musiciens aient préféré impressionner le public plutôt que de lui offrir une véritable narration…

Lev Klychkov, premier violon de l'Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg. Photo : DR

L’œuvre discursive était proposée en seconde partie de concert. Il s’est agi de Shéhérazade, suite symphonique op. 35 de Nikolaï Rimski-Korsakov. Une partition elle aussi archi-rabâchée, mais qui met en évidence le premier violon solo, remarquable Lev Klychkov, à la carrure impressionnante, d'une tenue magistrale dans le rôle capital qu'est le sien dans ce grand poème symphonique avec violon obligé. Comme à l’époque soviétique, l’orchestre pétersbourgeois est clairement une entité humaine à part entière dont les musiciens ne sont que les membres et l’âme, et doivent de ce fait rester dans l’anonymat, malgré la place conséquente accordée aux pupitres solistes dans la partition de l’excellent orchestrateur qu’est Rimski-Korsakov. Il est vrai que tous lesdits solistes seraient à citer, tant ils ont brillé tout en se fondant à la masse de l’orchestre dont ils ne font en fait que souligner les sortilèges.

Devant l’enthousiasme du public, dont une partie hurlait comme s’il s’agissait d’une « claque », l’Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg a donné deux courts bis, un extrait de Roméo et Juliette de Serge Prokofiev et un second tiré de l’Histoire du soldat de Stravinski - dommage que le contrebassiste solo reste dans l'anonymat… 

Bruno Serrou

lundi 17 juin 2013

A Marseille, Jean-François Lapointe fait de Marc Antoine le véritable héros de "Cléopâtre", l'ultime opéra de Jules Massenet

Marseille, Opéra municipal, samedi 15 juin 2013

Jules Massenet, Cléopâtre, acte I : Jean-François Lapointe (Marc Antoine) et Béatrice Uria-Monzon (Cléopâtre). Photo : (c) Christian Dresse

L’Opéra municipal de Marseillaise reprenait samedi l’ultime ouvrage scénique de Jules Massenet (1842-1912), Cléopâtre, qui n’avait pas été donné en France depuis 1990, année où la Biennale Massenet de Saint-Etienne l’avait ressuscité après qu’il eût longtemps disparu de la scène lyrique. Sous-titré « drame passionnel », écrit sur un livret de Louis Payen, en fait le poète journaliste Albert Liénard (1875-1927), créé à l’Opéra de Monte-Carlo le 23 février 1914, dix-huit mois après la mort de son auteur, Cléopâtre pourrait constituer à deux siècles de distance la seconde partie de Giulio Cesare de Georg Friedrich Haendel, puisqu’il conte les secondes amours de la reine d’Egypte avec un consul romain, Marc Antoine, qui renonça pour elle à la fois à Rome, à sa femme Octavie et à son honneur. 

Jules Massenet, Cléopâtre, acte III : Jean-François Lapointe (Marc Antoine), Béatrice Uria-Monzon (Cléopâtre) et Antoinette Donnefeld (Charmion). Photo : (c) Christian Dresse

Les quatre actes de l’ouvrage de Massenet alternent, conformément aux canons du grand opéra français, les moments d’intimité et les scènes de foule, des palais luxueux et des bouges sordides. « Il ne s’agit pas d’une œuvre pompeuse, prévenait avant la première Laurence Foster, directeur musical de l’Opéra de Marseille, et lorsque cela le devient, c’est volontairement, pour souligner le contraste entre la grandeur de Rome et la volupté de la cour égyptienne, et pour railler les Romains en regard de la finesse de l’Orient. Malgré ses longueurs, peu ce pourquoi nous l’avons réduit, il se trouve dans le ballet de la très belle musique. Des passages sont quasi égyptiens, soulignés par des tarbuki tunisiens, mais moins couleur locale que le Concerto ’’égyptien’’ de Saint-Saëns. » Côté intrigue, le livret prend quelque liberté avec les faits réels, ajoutant le personnage de Spakos, amant jaloux de la reine, et une entrevue en Egypte entre Octavie et Cléopâtre, s’appuyant pour conclure sur la thèse du suicide de Marc Antoine après que lui soit annoncé la fausse nouvelle de la mort de son amante.

Jules Massenet, Cléopâtre, acte IV : Béatrice Uria-Monzon (Cléopâtre), Jean-François Lapointe (Marc Antoine) et Antoinette Dennefeld (Charmion). Photo : (c) Christian Dresse

L’intrigue de Cléopâtre est rondement menée, les tableaux enchaînant lieux et époques abruptement, abolissant les notions de temps et d’espace. L’on retrouve dans la partition quantité de références aux œuvres précédentes de Massenet, qui présente ainsi son ultime partition scénique comme une sorte de synthèse de sa création, tout en sauvegardant une certaine originalité, tant du matériau thématique que des structures. L’on est néanmoins saisi par la pérennité de la pensée du compositeur, qui reste profondément ancrée dans le grand opéra romantique français, mais orchestrant épais tout en veillant à ce que la vocalité ne soit jamais étouffée. L’on relève aussi des influences extérieures, particulièrement de Georges Bizet, dont il semble carrément entendre une copie conforme du duo final Carmen / Don José dans la scène de la taverne au second tableau du deuxième acte dans laquelle l’affranchi Sparkos crie sa jalousie à Cléopâtre, la Carmen de Bizet semblant avoir beaucoup plus profondément marqué Massenet que Pelléas et Mélisande de Claude Debussy, créé neuf ans avant la genèse de Cléopâtre.

Lawrence Foster. Photo : DR

Laurence Foster a clairement mis en évidence ces influences et les violents contrastes de la partition, ne se faisant jamais excessif dans le pompiérisme de l’œuvre pour mieux en souligner les élans passionnés et l’onirisme. Le courant semble bien passer entre l’orchestre marseillais - les cuivres, fort sollicités, font un sans-faute - et son nouveau directeur musical, qui excelle dans le répertoire français comme en témoignent ses enregistrements d’Œdipe de Georges Enesco (1) et de l’Etranger de Vincent d’Indy (2). Attentif aux chanteurs, il ne les couvre jamais, préservant ainsi le texte qui reste continuellement compréhensible, d’autant plus que l’articulation des protagonistes est plutôt limpide. 

Jules Massenet (1842-1912). Photo : DR

La mise en scène de Charles Roubaud est d’un traditionalisme qui plaît au public marseillais, et elle heureusement incarnée par des chanteurs qui se sentent positivement concernés par les personnages qu’ils interprètent dans une scénographie de toiles peintes façon Cecil B. De Mille signée Emmanuelle Favre, qui aurait été mieux inspirée de tendre vers la stylisation plutôt que vers le réalisme hollywoodien. Sa seule « modernité » est la projection d’une vidéo conçue par Marie-Jeanne Gauthé, qui a voulu amplifier le réalisme par ses projections d’arbres, fontaines, torches, tandis que les drapés fort compliqués des robes dessinées par Katia Duflot vont à l’encontre de l’image que l’on se fait aujourd’hui de la sensualité antique. 

Jules Massenet, Cléopâtre. Jean-François Lapointe (Marc Antoine). Photo : DR

La distribution est dominée par l’impressionnant Marc Antoine de Jean-François Lapointe, la voix colorée et impérieuse du baryton canadien donnant au triumvir une noble stature et une fermeté dans ses choix qui transcendent l’incapacité du Romain à échapper aux charmes de Cléopâtre. Cette dernière est campée par Béatrice Uria-Monzon, dont la voix a retrouvé ici sa solidité, malgré des pasqsages de registres pas toujours nets, la mezzo-soprano française contrôlant son vibrato de façon plus assurée que lors de sa Vénus de Tannhäuser entendue à l’Opéra de Strasbourg en mars dernier (voir http://brunoserrou.blogspot.fr/2013/03/les-tourments-de-tannhauser-causes-du.html), tandis que sa Cléopâtre est sœur aînée de Carmen, mais en plus calculatrice et cynique. Soprano lumineux et droit, Kimmy Mc Laren est une Octavie ardente, et Antoinette Dennefeld une Charmionte (confidente de Cléopâtre) convaincante. Si les seconds rôles masculins sont bien tenus (Philippe Ermelier en Ennius, Bernard Imbert en Amnhès, Jean-Marie Delpas en Severus), le maillon faible de la soirée est le Spakos de Luca Lombardo, ténor étriqué au timbre serré plus préoccupé de vocalité que de carnation, tant côté tenue de la ligne de chant et du timbre que de présence scénique.

Bruno Serrou

1) Enregistré à Monaco en 1989 avec José van Dam. 2 CD EMI

2) Capté à Montpellier en 2010 avec Ludovic Tézier. 2 CD Universal Classics/Accord

dimanche 16 juin 2013

"Aliados" de Sébastian Rivas, opéra de l’oubli et du néant, a été donné en création à Gennevilliers dans le cadre du Festival ManiFeste

Festival ManiFeste de l’IRCAM, Gennevilliers (Ile de France), T2G, vendredi 14 juin 2013

Sebastian Rivas, Aliados. Lionel Peintre (Pinochet), Nora Petrocenko (Thatcher). Photo : (c) Philippe Stirnweiss 

« Mon corps dans les machines du navire à tuer (…) Militaires, assassins, tous. Pirates, assassins, tous. Généraux, assassins, tous. Et moi, moi, moi conscrit des opérations pour rien. Théâtre pour rien… » Ces paroles, qui préludent et concluent l’action de l’ « opéra en temps réel » de Sebastian Rivas (né en 1975), Aliados (Alliés), sur un livret en anglais et en espagnol d’Esteban Buch (né en 1963), de la même classe que le matelot à qui il les fait dire, et qui donnent une résonnance terrifiante à la non-action de l’ouvrage auquel ils instillent une force pénétrante à une partition de quatre-vingt minutes qui se fonde sur la rencontre de deux vieillards séniles, pourtant responsables de deux des périodes les plus tragiques de l’après Seconde Guerre mondiale dans chacun de leurs propres pays qu’ils dirigeaient, chantres du libéralisme le plus extrémiste et inhumain : la baronne Margaret Thatcher (1925-2013), premier ministre britannique de 1979 à 1990, connue sous le sobriquet de « Dame de fer », ce qui en dit long sur l’humanité de cette femme, et le général Augusto Pinochet (1915-2006), président de la junte militaire qui gouverna le Chili d’une main de fer entre 1973 et 1990, puis devint chef suprême de l’armée chilienne de 1990 à 1998, enfin sénateur à vie, mandat auquel il renonça en 2002 pour raison de santé.

Augusto Pinochet et Margaret Thatcher. Photo : (c) Jones L.R.C Sipa, DR

A la même époque, une autre dictature met sous le boisseau un pays, l’Argentine, qui cherchera à envahir le Chili en 1978. Si bien que ce dernier soutiendra le Royaume-Uni pour des opérations de renseignements, à l’instar de la France sur l’initiative de son président, François Mitterrand. Le 2 juin 1982, les Argentins débarquent dans l’archipel des Malouines dont ils contestent depuis toujours la souveraineté à la Grande-Bretagne, qui l’a colonisé en 1833 sous le nom de Falkland avant de l’intégrer au Commonwealth en 1946… La Guerre des Malouines est menée rondement, puisque les Britanniques ont reconquis l’archipel dès le 14 juin 1982, après moins de deux mois et demi de conflit. Dans l’intervalle, le croiseur ARA General Belgrano est torpillé le 2 mai par le sous-marin nucléaire d’attaque HMS Conqueror, hors de la zone d’exclusion, faisant 323 victimes parmi les marins argentins. Le quotidien britannique The Sun titrera GOTCHAI! (On vous a eus !). Cette perte durcit l’attitude de la junte argentine, qui rompt les négociations de paix, et est utilisée au Royaume-Uni par les antimilitaristes…

Richard Dubelski (le conscrit). Photo : (c) Philippe Stirnweiss

Le 16 octobre 1998, alors qu’il se trouve à Londres pour des examens médicaux, le général Pinochet est assigné à résidence à la suite d’un mandat d’arrêt international émis par le juge espagnol Baltasar Garzón, qui, à l’instar de son confrère Manuel Garcia Castellón, accuse l’ancien président de génocide, tortures, terrorisme international et enlèvements. La procédure dure un an, tandis que la détention à domicile de Pinochet se prolonge plus de cinq cents jours. Après le troisième accident vasculaire et un examen médical mené en janvier 2000 qui conclue à de graves lésions cérébrales, le corps médical décide que la condition physique du général ne permet pas de procès. Le 2 mars 2000, il est secrètement emmené à la base aérienne de Waddington, d’où il s’envole pour le Chili…

Photo : (c) Philippe Stirnweiss

L’action d’Aliados, œuvre sur la mémoire et la responsabilité, se situe durant le séjour londonien d’Augusto Pinochet, tandis que les autorités britanniques décident de médiatiser la présence du général à Londres. Pour ce faire, les télévisions seront convoquées, et les caméras disposées dans le petit appartement où est cantonné Pinochet. Il est décidé d’y organiser devant elles une rencontre du général avec Maggy Thatcher à l’heure du thé. Les auteurs de l’opéra qui s'inspire de cette recontre sont deux ressortissants du pays victime de l'entente secrète des deux protagonistes en 1982, deux Argentins vivant à Paris qui ont conçu leur œuvre commune l’année du trentenaire de l’événement qu’ils ont choisi d'évoquer.

Sebastian Rivas et Antoine Gindt. Photo : (c) Ircam, DR

Ecrite pour six instruments (clarinette basse, trombone, piano, percussion/batterie, guitare électrique et violon) avec électronique en temps réel conçue à l’IRCAM, et cinq personnages, Lady Margaret Thatcher (mezzo-soprano) et son infirmière (soprano), le général Augusto Pinochet et son aide de camp (barytons), le conscrit (acteur-musicien), et la vidéo « live » réalisée par Philippe Béziat et assurée par deux cadreurs maniant deux caméras chacun qui, par leurs plans rapprochés sur l’action, les personnages et les documents d’époque jonchant le sol, font pénétrer jusqu’au secret de l’âme des protagonistes et au cœur même de bataille navale au large des Malouines. Image terrifiante que la première à apparaître à-même le sol, au pied de l’écran géant où sont projetées les images live, un linceul qui se met à bouger imperceptiblement avant de se déchirer en cédant aux gestes du cadavre qu’il enveloppe et qui ressuscite pour crier l’injustice de la guerre décidée par des politiciens insensibles ayant le pouvoir de vie et de mort sur des êtres qu’ils conçoivent comme des pions sur un échiquier, ignorant leur qualité de sujets pensants promis à une vie qu’ils brisent sans même qu’elle ait eu le temps de se déployer. Cette indifférence à l’humanité est d’autant plus terrifiante que la non-action qui suit le prélude confronte lesdits personnages qui ne se souviennent de rien et ne se disent rien, engoncés dans leurs pensées tels des légumes, vieillards déshumanisés que leur entourage immédiat rend plus séniles encore.

Sebastian Rivas (né en 1975). Photo : DR

Murmurante et menaçante, suscitant des sons à dominante grave, la musique de Sebastian Rivas est adaptée au sujet. Le traitement informatique n’est pas envahissant, au contraire, il prolonge les instruments et ajoute dans leurs caractères, amplifiant le vide sidéral autant de la pensée que du sentiment de culpabilité des deux personnages centraux, tandis que leurs assistants n’ont d’yeux que pour eux et sont totalement indifférents aux affaires du monde. L’humanité souffrante victime de ces personnages odieux est symbolisée par le matelot, seul personnage de chair et de sang, qui touche intimement le spectateur. La partition de Rivas, qui se revendique du jazz et du rock - ce qui explique la réussite de l’intégration de la guitare électrique dans le tissu instrumental de l’œuvre -, est finement élaborée, et l’intégration d’évocations et de citations, comme l’Histoire du soldat de Stravinski, Don Giovanni de Mozart, Pagliacci de Leoncavallo, le lamento de Didon de Purcell, mais aussi tango, cueca, hymnes britannique et chilien, chansons populaire de Frank Sinatra et rock (London Calling du groupe The Clash de 1979), sont habilement intégrés au moment opportun, sans apparence de collages ni de facilité.

La mise en scène d’Antoine Gindt est en adéquation avec l’œuvre, et conforte le statut de metteur en scène du directeur de T&M (Théâtre et Musique) qu’il a fondé en 1998. Sa direction d’acteur est plus précise et efficace d’œuvre en œuvre, au point ici que les chanteurs donnent l’impression d’être les personnages historiques réincarnés, même si, lorsque l’on regarde les photos d’époque, ils sont loin de leur ressembler. Lionel Peintre (Pinochet) et Nora Petrocenko (Thatcher) sont remarquables, tant vocalement que scéniquement, vivant dans leurs mondes sans jamais croiser leurs regards ni s’écouter (la façon dont le premier prend - ou ne prend pas - ses médicaments à son aide ce camp et dont la seconde porte sa tasse de thé, et celle dont tous les deux parcourent le livre que chacun offre à l’autre en dit long sur leur détachement du monde), leurs factotums sont remarquablement campés par Thill Mantero et Mélanie Boisvert, tandis que Richard Dubelski excelle en conscrit révolté par la désinvolture des dirigeants irresponsables et égocentrés. Dirigés par Léo Warynski, disposés en fond de scène, les musiciens de l’Ensemble Multilatérale ont fait un sans-faute, jouant avec délicatesse une musique cantonnée dans les registres les plus immatériels de leurs instruments et qui évoque un bruissement continu.

Bruno Serrou

vendredi 14 juin 2013

La « Songplay » "I Was Looking at the Ceiling…" de John Adams au Châtelet, un tremblement de terre qui fait pschitt, malgré la subtile mise en scène de Giorgio Barberio Corsetti

Paris, Théâtre du Châtelet, mardi 11 juin 2012

John Adams, Iwas Looking at the Ceiling... Photo : (c) Marie-Noëlle Robert / Théâtre du Châtelet

Après El Nino en 2002 et Nixon in China en 2012 (voir http://brunoserrou.blogspot.fr/2012/04/coup-de-vieux-pour-nixon-in-china-de.html), en attendant The Flowering Tree en mai 2014, le Théâtre du Châtelet poursuit son exploration de l’œuvre de l’Américain John Adams (né en 1947) avec une nouvelle production de l’opéra « actualité »-comédie musicale I Was Looking at the Ceiling and Then I Saw the Sky (Je regardais le plafond et soudain je vis le ciel) mis en scène par Giorgio Barberio Corsetti. 

Photo : (c) Marie-Noëlle Robert / Théâtre du Châtelet

Créé en 1995 sur un livret de la poétesse d’origine jamaïcaine June Jordan, cette œuvre décrit à chaud l’avant et l’après immédiats de sept jeunes américains de milieux et de conditions divers - exilée latino sans papier, délinquant, pasteur et étudiante noirs, flic gay, journaliste voyeuriste WASP (1), avocat d’origine vietnamienne - tremblement de terre de Northridge qui détruisit moins d’un an plus tôt une partie de la ville de Los Angeles. « Cette partition minimaliste est très difficile à exécuter, comme toutes les partitions d’Adams », constate Alexander Briger, chef d’orchestre australien pourtant aguerri en matière de musique contemporaine. Associant jazz, gospel, rock, pop, elle réunit dans la fosse huit musiciens qui jouent d’instruments populaires (batterie, contrebasse/guitare-basse, guitare-électrique/acoustique, clarinette/clarinette basse, saxophone alto/ténor, 3 synthétiseurs) sans jamais improviser, tout en en donnant l’impression. A l’instar des instrumentistes, les chanteurs, bien que de tradition classique, doivent être capables de jouer et chanter dans l’esprit du jazz et du rock, « donc donner l’impression d’improviser tout en sachant lire la musique, ce qui n’est pas si répandu », convient Briger.

John Adams (né en 1947)

Depuis Nixon in China, John Adams se plait à collaborer avec son compatriote Peter Sellars. C’est avec le metteur en scène que le compositeur a conçu l’essentiel de son œuvre scénique. I Was Looking… ne fait pas exception. Créée le 13 mai 1995 à la Zellerbach Playhouse de l’Université de Californie à Berkeley, la production incunable de cette œuvre a été donnée à Paris, Théâtre de Bobigny, MCC93 en 1995, quatre ans après la première française de leur Nixon in China

Photo : (c) Marie-Noëlle Robert / Théâtre du Châtelet

Ni opéra, ni comédie musicale, ni classique, ni pop, mais tout cela à la fois et d’obédience minimaliste, cette « Songplay » enchaîne les numéros sans transition ni modulation, enchâssant  vingt-trois chansons sans rapports les unes avec les autres et d’inspiration diverses (gospel, rythmes latino-américains, hard blues rock, crooner, hard rock, cool jazz, free jazz, rock’n’roll, funk, swing, bebop, ballade, blues, scat, hard rock…) mais qui constituent par leur seul enchaînement une véritable intrigue. L’on y trouve pêle-mêle Supertramp, Steve Wonder, Joe Cocker, Thelonious Monk, Herbie Hancock, Whitney Houston, Queen, fondus dans le minimalisme adamsien et curieusement associé à Witold Lutoslawski… Bref, l’œuvre parfaite pour l’actuel Théâtre du Châtelet, qui pratique assidument le genre cross over, au grand plaisir d’un public d’inconditionnels.

Le tremblement de terre de Northridge à Los Angeles (1994). Photo : DR


Si l’on admire le savoir-faire et la concentration des musiciens dans la fosse, qui se contentent pourtant d’égrainer ce qui ressemble à un catalogue édulcoré de genres musicaux, et l’engagement des chanteurs, tous sonorisés, il faut avouer que le spectacle tient uniquement par ce qui est donné à voir. Giorgio Barberio Corsetti signe une mise en scène magistrale, rehaussée par une scénographie qu’il a conçue avec Massimo Troncanetti faite de simples blocs figurant des bâtiments - le moment du tremblement de terre est impressionnant - continuellement repeints en fonction du lieu de l’action (immeubles, église baptiste, hôpital, tribunal, prison, ruines), de couleurs vives et d’images mouvantes réalisées par le vidéaste Igor Renzetti, le tout remarquablement éclairé par Marco Giusto. La direction d’acteur fait que l’on croit volontiers aux mésaventures des personnages. Il fallait bien cela pour faire tenir cent-trente minutes de rang le spectateur dans son fauteuil (plusieurs sièges se sont vidés à l’entracte), tant l’action est saturée de bons sentiments et de clichés, et la musique n’accroche guère, restant continuellement dans la demi-teinte, n’osant pas être franchement ce qu’elle veut être, ni véritablement pop, ni vraiment rock, moins encore free jazz, ni réellement improvisée, ni proprement savante, ni même minimaliste…

Bruno Serrou

1) White Anglo-Saxon Protestant

mercredi 12 juin 2013

Optina, chœur d’hommes du monastère Optina Poustyne a empli de ses voix cosmiques l’église Notre-Dame d’Auvers-sur-Oise

Festival d’Auvers-sur-Oise, église Notre-Dame, dimanche 9 juin 2013

Optina, choeur d'hommes du monastère Optina Poustyne en l'église Notre-Dame d'Auvers-sur-Oise. Photo : (c) Bruno Serrou

En 1980, Pascal Escande fondait le Festival d’Auvers-sur-Oise, agglomération du Vexin français sur la rive droite de l’Oise qui doit sa renommée internationale aux peintres paysagistes de l’école de Barbizon et, surtout, aux impressionnistes, Charles-François Daubigny, Paul Cézanne, Jean-Baptiste Corot, Camille Pissarro et Vincent Van Gogh, qui y ont puisé leur inspiration. Ils en ont immortalisé la plupart des sites, heureusement sauvegardés, qui font aujourd’hui le bonheur des amateurs et des touristes. Van Gogh y a peint soixante-dix de ses toiles au cours des derniers mois de sa vie. « Ici, écrivait-il à son frère Théo en mai 1890, on est loin assez de Paris pour que ce soit la vraie campagne, mais combien néanmoins changé depuis Daubigny. Mais non pas changé d’une façon déplaisante, il y a beaucoup de villas et habitations diverses, modernes et bourgeoises, très souriantes, ensoleillées, et fleuries. Cela dans une campagne presque grasse, juste à ce moment-ci du développement d’une société nouvelle dans la vieille, n’a rien de désagréable ; il y a beaucoup de bien-être dans l’air. Un calme à la Puvis de Chavannes j'y vois ou y crois voir, pas d’usines, mais de la belle verdure en abondance et en bon ordre. »

Eglise Notre-Dame d'Auvers-sur-Oise. Photo : (c) Bruno Serrou

Edifiée au XIIe siècle, rendue célèbre dans le monde entier pour avoir été l’un des grands sujets de Van Gogh, qui l’a peinte à plusieurs reprises, la vieille église trapue de style gothique plantée sur la partie culminante du village, est le haut lieu du festival, qui y organise l’essentiel de ses concerts, qu’ils soient sacrés ou profanes, de musique vocale ou instrumentale.

Choeur de l'église Notre-Dame d'Auvers-sur-Oise. Photo : (c) Bruno Serrou

Dimanche, ce sont les voix d’un ensemble vocal russe qui ont résonné sous les voûtes de Notre-Dame, dont l’acoustique est à la fois chaleureuse et limpide. Venu de Saint-Pétersbourg, le Chœur d’hommes du monastère Optina Poustyne est constitué pour l’essentiel de membres de la troupe du Théâtre Mariinsky. Le monastère dont il tire son nom est un haut lieu de la spiritualité orthodoxe, connu non seulement pour ses sages (starets) mais aussi pour son rôle dans la culture russe du XIXe siècle. A l'époque du philosophe Nikolaï Badiaev, du poète Vladimir Soloviev et de l’écrivain Fiodor Dostoïevski, les pèlerins se massaient autour de l’ermitage, le saint-des-saints du monastère. C’est là que la famille Karamazov, dans le roman du célèbre écrivain russe, vient consulter le starets Zosime, vieux moine qui lit dans les âmes. Après la révolution, ce monastère est transformé en ferme, puis, successivement en maison de repos, en hôpital militaire, en camp de prisonniers, enfin en lycée agricole. Comme pratiquement tous les monastères russes, Optina avait été fermé en janvier 1918, et ses moines chassés. Aujourd’hui, quatorze ans après sa réouverture en 1989, cent-dix frères y vivent contre près de trois cents en 1917. 

Monastère Optina Poustyne. Photo : DR

Fondé en 1996, le Chœur d’hommes Optina s’est donné pour mission de ressusciter le chant choral monastique de l’Eglise russe, tout en explorant la musique sacrée des autres Eglises chrétiennes. Chantant exclusivement a capella, l’ensemble est dirigé par Alexandre Semenov, qui chante au milieu du groupe, entouré de deux contre-ténors, deux ténors à sa droite, de deux barytons et de deux basses à sa gauche. Les neuf hommes ont ainsi présenté dans une église comble un programme de dix-neuf chants liturgiques, en majorité, et profanes en seconde partie, traditionnels et savant, d’auteurs anonymes ou identifiés. 

Le concert s’est ouvert sur un Hymne des chérubins et un chant de vieille tradition bulgare, Toi qui es habillé de lumière, qui ont précédé un chant liturgique de Kiev, Il est digne en vérité, hymne impérieux en bourdon de basse. Chant demestvenny (1) du XVIIe siècle, Heureux l’homme qui ne suit pas le conseil des impies / Psaume I avec baryton solo - brillant Boris Petrov, qui excellera également dans Conseil éternel de Pavel Tchesnokov (1877-1944) - est une pièce jubilatoire où solistes et tuttistes jouent d’ornementations fleuries. Il est digne de vérité vient de l’Eglise de Kiev sur un manuscrit du XVIIIe siècle du monastère Saint-Cyrille de Belozersk. Sa mélodie est douce et lumineuse. Harmonisé par Popov Platonov (1876-1942), le superbe chant bulgare La joie des affligés permet aux voix de se détacher et de rebondir les unes sur les autres, sollicitant autant l’aigu que le grave des registres de chacun des protagonistes. Tout en vagues tendres et en rythmes joyeux, Le Seigneur des forces célestes, chant znamenny (2), a précédé Venez, adorons Dieu le Verbe, page de Gueorgui Sviridov (1915-1998) au large ambitus vocal tout en délicatesse et en ardeur contenue. Autre pièce de Pavel Tchesnokov, Mon Seigneur, sauve Ton peuple, a permis de goûter la voix d’un velours, d’une profondeur abyssale et d’une plénitude vertigineuse de Vladimir Miller, « Artiste émérite de Russie » réputé doté de l’une des voix les plus profondes au monde. Un second Hymne des chérubins, cette fois harmonisé par Vassili Kalinnikov (1870-1927), plein d’entrain et de bonhommie, a préludé à une seconde pièce de Sviridov, Saint Amour, occasion d’entendre une première intervention du contre-ténor Alexandre Gorbatenko, à qui les trois ténors ont répondu en écho avant que leurs comparses les rejoignent pour conclure ce chant remarquablement harmonisé. 

Auvers-sur-Oise, église Notre-Dame. Photo : (c) Bruno Serrou

A l’instar du jubilatoire et profane arrangement pour huit voix du Vol du bourdon de Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) qu’a transcrit Alexandre Semenov. Confié au ténor Evgueni Mikheev soutenu par un léger tissu du tutti, Je prends la route seul sur un texte de Mikhaïl Lermontov (1814-1841), a conduit au touchant chant populaire russe En sortant sur le grand large arrangé par Alexandre Semenov, qui a permis de retrouver l’impressionnant Vladimir Miller, avant que le groupe en son entier le rejoigne pour enlever gaiement le réjouissant Dans une forêt noire qu’il a soutenu d’espiègles boum-boum-boum. Le concert s’est conclu sur un dernier chant populaire russe, Une clochette sonne monotone, conduit par le contre-ténor Alexandre Gorbatenko dont la voix trahit une sensibilité et une spiritualité prégnante.

A noter que le Festival d'Auvers-sur-Oise se poursuit jusqu'au 5 juillet (www.festival-auvers.com)

Bruno Serrou

1) Chant appartenant principalement au répertoire des offices solennels des jours de fête religieuse voués au culte marial marqués par sa complexité rythmique et de sa forme mélodique libre. Les hymnes du chant demestvenny n’ont pas suivi le système de huit tons qu’ont utilisé un certain nombre de compositeurs de la fin du XIXe siècle, comme Nikolaï Kompaneisky (1848-1910), qui ont appliqué le terme demestvenny à des œuvres destinées au concert.


2) De « znamia » (neumes), il s’agit d’un chant traditionnel de l’Eglise orthodoxe russe, dont il constitua la totalité du répertoire musical entre les xiie et xviie siècles.

mardi 11 juin 2013

Novembre en juin à Paris, un temps pour le War Requiem de Britten et la Messa da Requiem de Verdi. Deux soirées exceptionnelles du Théâtre des Champs-Elysées et de l’Opéra-Bastille

Paris, Théâtre des Champs-Elysées et Opéra de Paris-Bastille, samedi 8 juin et lundi 10 juin 2013

La cathédrale Saint-Michel de Coventry où a été créé le War Requiem de Benjamin Britten en 1962. Photo : DR

Impressionnant voire terrifiant, grandiose mais aussi humain et empli d’espérance, le rituel latin de la messe des morts inspire depuis le moyen-âge les compositeurs de toutes les confessions. Parmi eux, deux grands musiciens dont on célèbre cette année bicentenaire et centenaire de la naissance, le premier italien, Giuseppe Verdi (1813-1901), le second britannique, Benjamin Britten (1913-1976). La partition du cadet est souvent comparée à celle de l’aîné, mais les similitudes, évidentes quoique superficielles, ne font que souligner leurs profondes disparités de style et de langage, même lorsque l’atmosphère et les motifs permettent d’établir des parallèles, comme dans la séquence du Dies irae.

Néanmoins, bien que tous deux imprégnés d’un puissant parfum profane, l’objet de ces ouvrages, nés de l’imagination de compositeurs à la verve lyrique particulièrement développée, diffère fondamentalement. Le premier, rend hommage dans sa Messa da Requiem à un ami, le poète Alessandro Manzoni (1785-1873), à travers une messe des morts plus dramatique que liturgique ; le second, pacifiste convaincu, érige dans son War Requiem op. 66 un mémorial pour la paix en évoquant les horreurs de la guerre, et mêlant le texte latin de la Missa pro Defunctis et des poèmes de Wilfred Owen (1893-1918), mort une semaine avant l’armistice du 11 novembre 1918, dont Britten reprend sur la page-titre de sa partition :

« Mon sujet est la Guerre, et la pitié engendrée par la Guerre. / La poésie est dans la pitié… / La seule chose qu’un poète puisse faire aujourd’hui, c’est mettre en garde. »

Andris Nelsons. Photo : DR

Benjamin Britten, War Requiem op. 66

Ainsi apparaît-il clairement que pour Britten, l’art se doit d’être utile, et ne pas se limiter à des finalités d’ordre exclusivement esthétique. Ce qui explique pourquoi sa musique semble s’adresser au plus grand nombre, ce qui lui a valu l’ire de nombre de ses contemporains, alors même qu’elle est fondamentalement originale, caractéristique d’un homme empli de doutes, autant sur les plans personnels, philosophiques, politiques de pacifiste objecteur de conscience, et comme créateur. Dans le War Requiem, le compositeur attire l’attention de son auditoire sur l’incompatibilité entre les passions humaines et les rites religieux officiels, ce qui pourrait contribuer à l’anéantissement des êtres les plus faibles. Ainsi, le War Requiem n’est pas une simple commémoration des victimes de la guerre, mais aussi l’expression de l’intime conviction de son auteur que la guerre, tout en suscitant la répulsion, peut engendrer des sentiments fort éloignés de ceux que peuvent créer les rites consacrés et trop souvent répétés de la pratique religieuse.

Benjamin Britten (1913-1976). Photo : DR

Il ne s’agit pas néanmoins pour Britten de s’en prendre ici de façon plus ou moins déclarée à l’Eglise en l’accusant d’accepter l’existence et l’utilisation de forces armées, mais d’exprimer la délicate symbiose entre les sentiments de ceux à qui l’on a demandé de sacrifier leur vie et de ceux qui choisissent de les pleurer par le biais d’une célébration religieuse. Ainsi, cette œuvre est-elle clairement avant tout une réparation pour les morts plutôt qu’une consolation pour les vivants.  

Alors qu’il composait son War Requiem en vue des festivités organisées autour de l’inauguration de la nouvelle cathédrale Saint-Michel de Coventry le 25 mai 1962 - l’ancienne avait été détruite le 14 novembre 1940 par la Luftwaffe -, où la partition sera créée cinq jours plus tard, Britten a en tête les menaces que fait peser la Guerre froide sur le monde (l’affaire de la baie des Cochons se déroule durant la genèse de l’œuvre, le 17 avril 1961). En composant son requiem, Britten a visé à l’universalité et aux contrastes. Les plus fondamentaux de ces derniers sont, d’une part les chanteurs solistes à qui le compositeur pensait en l’écrivant, trois représentants de pays belligérants, l'un Britannique, son compagnon, le ténor Peter Pears, l'autre Allemand, le baryton le plus célèbre de l’époque, Dietrich Fischer-Dieskau, le troisième Russe, la soprano Galina Vichnevskaïa, épouse de son ami violoncelliste et partenaire de musique de chambre Mstislav Rostropovitch que les autorités soviétiques empêcheront de participer à la création de l’œuvre en ne lui délivrant pas le visa nécessaire. D’autre part, Britten utilise deux langues, le latin et l’anglais, deux types de textes, liturgique et poétique, deux groupes d’exécutants. Le texte latin est chanté par la soprano solo, le chœur mixte et le chœur d’enfants accompagnés par le grand orchestre et l’orgue, tandis que les poèmes d’Owen sont confiés au ténor et au baryton solos soutenus par un orchestre de douze musiciens. 

Wilfred Owen (1893-1918). Photo : DR

Le tout est remarquablement unifié par une mise en relation éblouissante des divers composants de l’œuvre, dont les processus musicaux se reflètent les uns dans les autres et portent la tension et l’ambiguïté sonore à un très haut degré d’exigence et de perception, cette dernière sollicitée d’entrée par la sonnerie de cloches en intervalle de triton exposé à l’orchestre et au chœur et qui submerge l’œuvre  entière, instaurant un sentiment d’instabilité. Cette impression submerge l’auditeur plus particulièrement dans les interventions chorales qui concluent le Requiem aeternam, le Dies irae, le Libera me, et l’Agnus Dei. L’un des moments les plus marquants de l’inspiration de Britten est l’effet singulier qu’il obtient en utilisant le chœur pour accompagner le chant de la soprano, formant ainsi un contraste extraordinairement poignant avec les textes d’Owen confiés au ténor et au baryton, en particulier la juxtaposition du Lacrimosa de la soprano avec le Move him to the sun du ténor qui crée une impression ineffable de deux déploration, l’une intemporelle, l’autre immanente. Mais le moment le plus intensément bouleversant, est le Libera me final où il davantage question pour Britten non pas de libération de l’âme de la mort éternelle mais de l’humanité de la pérennité de la guerre et de la haine. Britten a choisi le poème Strange meeting dans lequel Owen imagine la rencontre d’un soldat rescapé avec le fantôme d’un autre soldat avec qui il fraternise. Le mort se relève et lui révèle, sans haine, « Mon ami, je suis l’ennemi que tu as tué ». Les voix du ténor et du baryton se rejoignent dès lors dans cette phase ultime qui porte l’émotion à son summum en chantant « Let us sleep now » dans une atmosphère d’une douceur éthérée, tandis que l’orgue, les voix d’enfants invisibles, le chœur mixte, la soprano et l’orchestre enveloppent leur dernière phrase dans un climat apaisé, mais un glas résonne dans le lointain qui suspend l’œuvre dans un noir pessimisme.

Photo : DR

Donné dans le cadre de son propre centenaire, le Théâtre des Champs-Elysées a confié samedi dernier le War Requiem de Britten à l’une des grandes phalanges britanniques, le City of Birmingham Symphony Orchestra (CBSO) dirigé par son directeur musical, Andris Nelsons, et son chœur qui, à l’instar de celui de l’Orchestre de Paris, est constitué d’amateurs. Compte tenu de sa relative exiguïté, ce théâtre à l’italienne n’ayant rien de l’architecture d’une cathédrale, la répartition des effectifs dans l’espace n’avait pas bien sûr l’amplitude requise. Pour s’approcher le plus possible de la perspective idoine, le chœur d’enfants et l’orgue étaient placés en fond de corbeille, au premier étage du théâtre, le ténor et le baryton à droite du chef, devant l’orchestre de chambre, dont les cordes solistes entouraient le chef et étaient placés devant les premiers pupitres de leurs instruments respectifs du grand orchestre, la soprano était au milieu des premiers et seconds violons, et le grand chœur en fond de scène.

Le City of Birmingham Symphony Orchestra et son Choeur dirigés par Andris Nelsons. Photo : (c) CBSO, DR

Tout fraichement nommé directeur musical du Boston Symphony Orchestra, Andris Nelsons, actuel directeur musical du CBSO où il a succédé à Simon Rattle en 2008, a donné avec sa formation une interprétation d’une grandeur et d’une humanité exceptionnelle. Malgré l’étroitesse des volumes du lieu, le jeune chef letton a su trouver le parfait équilibre des masses, clairement définies dans l’espace, tirant un merveilleux parti de l’acoustique du théâtre qui s’est avérée d’une chaleur et d’une présence peu ordinaire. Le trio de soliste était d’une homogénéité et d’un engagement tels que l’émotion a tétanisé la salle quatre-vingt minutes durant. La voix lumineuse et brûlante d’Erin Wall a donné à chacune de ses interventions un côté surnaturel, le ténor Mark Padmore a bouleversé du début à la fin, vivant littéralement les poèmes d’Owen, tel un Evangéliste, et le baryton Hanno Müller-Brachmann lui donnant une réplique idoine. Les deux voix mêlées dans le finale resteront gravées dans la mémoire du public qui a eu la chance d’assister à ce concert. Ainsi que le Chœur du CBSO, d’une beauté stupéfiante, qui confirme combien les formations chorales amateurs anglaises sont parmi les meilleures au monde, et n’ont strictement rien à envier aux professionnelles. Fort bien préparée par Sofi Jeanin, la Maîtrise de Radio France a largement participé à la réussite de ce concert - dommage qu’il n’y ait pas davantage de voix de garçon, qui auraient amplifié par leur fragilité, le surnaturel des interventions des voix d’enfants. Bref un moment de grâce pure.

L'église San Marco de Milan où la Messa da Requiem de Verdi a été créée en 1874. Photo : DR

Giuseppe Verdi, Messa da Requiem

La Messa da Requiem de Giuseppe Verdi est beaucoup plus souvent donnée que le War Requiem de Benjamin Britten. Elle n’en est pas moins admirable, et chaque exécution constitue un événement en soi. Son attrait ne se dément pas, au point que l’Opéra de Paris a doublé le concert, pourtant donné dans l’enceinte de l’Opéra-Bastille, tandis que cette même semaine, l’Orchestre National de France dirigé par Daniele Gatti la programme à son tour. Il faut dire que cette partition tient davantage de l’opéra que de la spiritualité, « un mélodrame en habit d’ecclésiastique », selon le chef d’orchestre allemand Hans von Bülow, ennemi juré de Verdi. Il est vrai que Verdi entretenait avec l’Eglise catholique et la foi des relations conflictuelles. Mais il n’était pas le premier, puisque Berlioz, entre autres, l’a devancé dans la dramatisation, particulièrement dans la séquence du Dies irae, à l’instar de Mozart dans son Requiem.

Philippe Jordan. Photo : Opéra de Paris, DR

Composée sous le choc de la mort de l’écrivain Alessandro Manzoni le 22 mai 1873, la messe de requiem reprend le Libera me que Verdi avait conçu dès 1869 pour la mort de Gioacchino Rossini et qu’il intègre comme finale de sa partition définitive. L’œuvre est créée dans son intégralité en l’église San Marco de Milan le jour du premier anniversaire de la mort du dédicataire, sous la direction de Verdi, qui la dirige de nouveau trois jours plus tard sur la scène de la Scala de Milan. Le retentissement de la Messa da Requiem est tel qu’elle est donnée à Paris et l’Opéra-Comique dès le mois de juin 1874. A l’exception des mesures initiales de l’Introït et du terrifiant Dies irae, il ne se trouve aucune redite entre les mouvements, mais une communauté thématique et d’atmosphère, tandis que l’écriture chorale tend souvent à l’archaïsme.  L’œuvre est pourtant d’une grande unité spirituelle et structurelle, mais les contrastes de nuances sont souvent violents, les élans dramatiques conditionnés par le texte de la liturgie latine des morts. La nature lyrique de Verdi est confiée aux quatre voix solistes. La partie la plus développée de l’œuvre est la séquence du Dies irae qui ne compte pas moins de six sections imbriquées les unes dans les autres, Dies irae, Tuba mirum, Mors stupedit, Liber scriptus, Quid sum miser, Rex tremendae majestatis, Recordare, Ingenisco, Confutatis et Lacrymosa, l’ensemble évoquant la solitude de l’homme face à la mort et sa pensée qui fluctue entre l’espérance et l’effroi, la supplication et la résignation. Quant au Libera me de 1869 qui conclut le Requiem, dont il est une sorte de synthèse, il se présente tel une cantate dans laquelle la soprano a la place centrale, concluant sur un murmure de prière dédiée aux morts exprimée sous forme de récitatif.

Giuseppe Verdi (1813-1901). Photo : DR

L’Orchestre de l’Opéra de Paris a brillé dans cette œuvre au lyrisme exacerbé, se montrant sûr et d’une grande cohésion - dommage que l’une des trompettes supplémentaires du Dies irae ait failli -, ainsi que le Chœur de l’Opéra, dirigé avec flamme par Philippe Jordan. Ce dernier a donné une vision globale de la partition fougueuse et ardente, d'un onirisme chatoyant dans les passages les plus lyriques, ce qui incite à regretter des baisses de tension et de lyrisme au milieu de l’œuvre (Offertorio et Sanctus). Violeta Urmana et surtout Kristin Lewis, dont le Libera me a saisi l’auditoire à l’instar d’une Leontyne Price, Piotr Beczala, à la voix claire, et Ildar Abdrazakov, basse bien chantante, ont amplement participé à la réussite de la soirée. La nouvelle coque enveloppant désormais le plateau de Bastille pour les concerts inaugurée le mois dernier donne davantage de présence et de précision à l'Orchestre et aux Choeurs de l'Opéra qui n'ont jamais aussi bien sonné en ce lieu où jusqu'à présent tout apparaissait lointain et enserré dans un brouillard. 

Alessandro Manzoni (1785-1873). Photo : DR

Un mot sur le public, pour finir, qui s’avère toujours plus mufle à l’égard des œuvres et des interprètes. Tandis que les chefs essaient de rester sur la grandeur et le recueillement des œuvres qu’ils viennent de diriger, cherchant à retenir le temps pour les laisser résonner dans les oreilles et pénétrer le cœur des musiciens et du public, une partie de ce dernier interrompt la magie à loisir, qui pressé d’en finir et d’aller dîner en ville, qui pour montrer à ses voisins que lui « au moins, il connaît », et se lèvent sans attendre pour une « ovation debout » alors même que le chef lui tourne encore le dos, comme s’il s’agissait d’un match de football ou de tennis (il se peut d’ailleurs que certains sortaient tout juste de deux semaines de Roland Garros)… Mais à côté de cela, il convient aussi de se féliciter de l’ouverture au grand public qu’offre le vaisseau Bastille, qui peut accueillir un auditoire peu aguerri à qui il est offert le pouvoir de s’enchanter, comme l’atteste ce qui a été entendu hier à l’issue du Requiem de Verdi : « C’est magnifique, n’est-ce pas.  J’en ai le souffle coupé ! J’avais écouté cette œuvre deux ou trois fois au disque, mais c’est la première fois que je l’entends en concert. Ça n’a rien à voir. J’y reviendrai ! »

Bruno Serrou