vendredi 1 mars 2013

Création annoncée du Concerto pour violon de Pascal Dusapin


Pascal Dusapin (né en 1955). Photo : DR

Universal Music Publishing Classical annonce la création mondiale du concerto pour violon et orchestre de Pascal Dusapin, "Aufgang", le 8 Mars à la Philharmonie de Cologne, avec Renaud Capuçon, le WDR Sinfonieorchester dirigé par Jukka-Pekka Saraste. "Aufgang" est une co​​-commande de Pierre Bergé, de la WDR Cologne, de l'Orchestre de la Suisse Romande de Genève, de l'Orchestre Philharmonique de la Radio néerlandaise à Hilversum, du Festival de Hollande et de la Philharmonie de Paris. Considérant le nombre de co-commanditaires, M. Dusapin doit être très cher...

Un Opéra de quat’sous de Kurt Weill et Bertolt Brecht venu de Londres un rien trop « clean »



Paris, Théâtre des Champs-Elysées, jeudi 28 février 2013


Vladimir Jurowski. Photo : Théâtre des Champs-Elysées, DR

Voilà bientôt quatre-vingts ans, le Théâtre des Champs-Elysées était le témoin de la création des Sept péchés capitaux des petits bourgeois que Boris Kochno, ancien secrétaire de Serge de Diaghilev, directeur artistique des Ballets 33 de Georges Balanchine, avait commandé à Kurt Weill, qui avait choisi la France pour exil, fuyant l’Allemagne nazie avec sa femme, Lotte Lenya. Weill avait choisi pour librettiste le dramaturge Bertolt Brecht, qui avait lui aussi réussi à échapper à la dictature. Ce sera l’ultime collaboration des deux hommes qui avaient produit ensemble entre autres l’opéra Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny et l’Opéra de quat’sous. Le public français connaissait déjà le travail des deux hommes, le second ouvrage ayant fait l’objet d’un film tourné en 1931 par Georg Wilhelm Pabst, comme souvent à cette époque en raison d’accords entre des studios, simultanément en deux langues, avec une distribution allemande (avec Lotte Lenya, Rudolf Forster et Carola Neher) et une autre française (avec Margo Lion, Albert Préjean et Florelle). 


Kurt Weill, Lotte Lenya et Bertolt Brecht en 1930. Photo : DR

Aussi étonnant que cela puisse paraître, ce n’est pas le ballet qui y fut créé le 7 juin 1933 dans une chorégraphie de Balanchine, une scénographie de Caspar Nehel et sous la direction de Maurice Abravanel, qui a été choisi par le Théâtre des Champs-Elysées dans le cadre de la saison de son centenaire, mais une exécution concertante de Die Dreigroschenoper (l’Opéra de quat’sous), que Brecht et Weill ont adapté pour Berlin en 1927-1928 de The Beggar’s Opera (l’Opéra du Gueux) de John Gay et Johann Christoph Pepusch créé à Londres deux siècles plus tôt. C’est avec cette œuvre,  qui conte la carrière de l’antihéros Macheath dans le monde souterrain de l’ère victorienne et qui allait devenir le symbole de la culture de République de Weimar, que les deux hommes cristallisent le concept du Zeitoper, fusion de l’opérette et du music hall, qu’ils associent au théâtre épique et à la ballade moderne associée à la moritat du cabaret. 


Meow Meow (Jenny). Photo : DR

Mise en espace sur le plateau du Théâtre des Champs-Elysées, la production présentée hier par le Théâtre des Champs-Elysées plaçait derrière les chanteurs solistes les musiciens du London Philharmonic Orchestra en formation réduite façon cabaret, avec guitare, accordéon, harmonium, saxophone, mais piano de concert. L’ensemble instrumental londonien, dirigé par Vladimir Jurowski, remarquable de cohésion, de précision et de timbres, a donné toute la mesure de cette œuvre supérieurement orchestrée qui aligne les songs, tous plus célèbres et inoubliables les uns que les autres. Jouant en solistes, les pupitres de l’orchestre ont brillé de tout leur lustre, à la fois sûrs et virtuoses tout en exaltant le climat cabaret. Placés au fond du plateau, derrière l’orchestre, les choristes, qui tour à tour commentent l’action et y participent, ont participé à la réussite de la soirée. Tous les protagonistes étant habillés en costumes de soirée et en queues de pie, l’ensemble du spectacle a eu un tour un brin snob tout en suscitant par son aspect désuet le souvenir du cabaret des années 1920-1930 finalement en concordance avec la musique. 


Dame Felicity Palmer (Mrs Peachum). Photo : DR

La distribution vocale soliste était moins homogène. Mark Padmore est un Macheath trop pâle, Max Hopp un Narrateur trop distant et pas toujours audible malgré le micro accroché à sa joue gauche - l’orchestre le couvre souvent, Gabriela Istoc est une Polly Brown vocalement engoncée et manquant de charisme. En revanche, le couple Peachum s’est avéré impressionnant, tenu par les vieux routiers Sir John Tomlinson et Dame Felicity Palmer, inénarrables de présence et d’énergie, malgré des voix usées mais toujours puissantes et bien timbrées. Allison Bell est une Polly Peachum toute de charme. Mais c’est Meow Meow, mezzo-soprano plutôt glamour qualifiée de « post-post moderne » (?) dans le programme de salle du Théâtre des Champs-Elysées, dont la voix est à mi-chemin de celles de Lotte Lenya et de Ute Lemper, qui s’est montrée la plus dans le ton de l’œuvre, tout en manquant légèrement d’abattage. Véritable Deus-ex-machina, Vladimir Jurowski, à la baguette, au piano et animateur de l’action, titillant les protagonistes à tout moment, a donné au spectacle son souffle dramatique... Mais pourquoi alors la mayonnaise n’a-t-elle pas vraiment pris ?...


 Bruno Serrou

jeudi 28 février 2013

Simon Rattle et le Berliner Philharmoniker ont serti un somptueux écrin à Miklós Perényi dans le Concerto pour violoncelle de Witold Lutoslawski



Paris, Salle Pleyel, mercredi 27 février 2013 

 Photo : (c) Berliner Philharmoniker, DR

Chaque apparition à Paris de l’Orchestre Philharmonique de Berlin constitue un véritable événement. Certes, il est loin le temps où, voilà une trentaine d’années, la première phalange symphonique mondiale se produisait au Théâtre du Châtelet pour un prix de places modique (100FF pour les plus chères, soit une trentaine d’euros en 1985 au lieu de 145 euros aujourd’hui) sous la direction de Herbert von Karajan, mais les foules se pressent toujours autant à chacun de ses concerts. Je me souviens de ce séjour au Châtelet des Berlinois, qui, pour leurs deux prestations publiques en trois jours, avaient investi le vieux théâtre à l’italienne une semaine durant et qui ont illuminé ce lieu tandis que je travaillais en écoutant le retour-son de mon bureau situé deux étages au-dessus du plateau, et qui, avant leur service, pendant les pauses et après les répétitions, n’avaient de cesse de travailler et retravailler jusque dans les moindre recoins des étages de l’administration du théâtre, jusque dans les toilettes, pour travailler un trait, s’échauffer sur leurs instruments, jusqu’à l’appel des troupes par l’assistant du Maestro. C’est là que j’ai compris que la qualité d’un orchestre n’est pas le fruit du hasard mais du seul travail ajouté à la volonté d’être le meilleur…

 Sir Simon Rattle. Photo : Berliner Philharmoniker, DR
 
Depuis la mort de Karajan, et grâce à la détermination de son successeur direct, Claudio Abbado, les programmes se sont ouverts sur des répertoires jusqu’alors moins courus, notamment la musique française post-debussyste, l’italienne et, surtout, la création contemporaine. Avec Simon Rattle, cette politique se poursuit, même si les créations sont moins audacieuses. Ainsi, les Berlinois ont-ils proposé cette semaine deux concerts aux programmes téméraires, que Karajan eut soigneusement évité alors que le public était pourtant prêt à se précipiter à ses concerts sur son seul nom, indépendamment des œuvres à l’affiche. Il faut néanmoins convenir que le premier programme comptait deux partitions grand public, le Concerto n° 3 pour piano de Beethoven et la Rhénane de Schumann, qui entouraient le cycle de mélodies de Dutilleux, Correspondances, interprété par l’une des grandes sopranos de l’heure, Barbara Hannigan…


Henri Dutilleux (né en 1916). Photo : DR

 
Le concert de mercredi s’est ouvert sur Métaboles d’Henri Dutilleux. Composées en 1964, les cinq pièces qui s’imbriquent les unes dans les autres pour constituer cette œuvre pour grand orchestre avec bois et cuivres par quatre, sont le fruit d’une commande de George Szell pour le cinquantième anniversaire de l’Orchestre de Cleveland, qui en a donné la création le 14 janvier 1965. La partition est conçue à la façon d’un concerto pour orchestre, chacune des parties, dont la formule initiale subit une succession de métamorphoses, privilégiant une famille spécifique d’instruments, bois, cordes, percussion, cuivres, avant d’être tous réunis dans le finale. L’interprétation qu’en ont donnée Rattle et les Berlinois a manqué de souplesse et de spontanéité, et l’on a pu percevoir ça et là quelque faiblesse instrumentale, notamment du côté d’un solo aléatoire du premier violoncelle aux attaques peu assurées. Quant à l’orchestre, ses textures se sont avérées trop sombres. Option apparemment voulue par le chef britannique, si l’on juge le choix des quatre trompettes à palettes sonnant plus « allemand » que les trompettes à piston… 


Witold Lutoslawski (1913-1994). Photo : DR

 
Pourquoi Witold Lutoslawski (1913-1994), qui aimait tant la France, y est-il si peu programmé, même en cette année du centenaire ?... Ses interprètes sont pourtant nombreux, et comptent parmi les plus éminents, d’Esa-Pekka Salonen à Christian Zimmermann, en passant par Anne-Sophie Mutter, Seiji Ozawa, Dietrich Fischer-Dieskau, Mstislav Rostropovitch… Lutoslawski est assurément le plus grand des compositeurs polonais - si l’on considère Chopin comme autant Polonais que Français et qu’il se consacra quasi exclusivement au piano -, et l’un des plus inventifs et originaux de sa génération, tandis que sa création ne compte aucune faiblesse. Créé le 14 octobre 1970 par Mstislav Rostropovitch qui le lui avait commandé dès 1967, et le Royal Philharmonic Orchestra, son Concerto pour violoncelle et orchestre se présente tel l’histoire de Don Quichotte au XXe siècle, selon la formule de Galina Vichnevskaia, épouse de Rostropovitch. Cet ample mouvement enchaînant Introduction, quatre Episodes, une Cantilène et un Finale, se présente en effet comme un conflit entre le soliste et l’orchestre, le premier commençant par une longue cadence construite sur la note ré résolument répétée « d’une manière inexpressive, comme un moment de relaxation complète ou même de distraction », comme le confiait le compositeur à Rémy Jacob dans la pochette du premier enregistrement mondial de l’œuvre (1). 

 Miklós Perényi. Photo : DR
 
Cette longue introduction du soliste, qui instaure un climat d’attente, est brusquement interrompue par la sonnerie des trompettes d’une violence inouïe, avant que le dialogue s’instaure entre le violoncelle et les divers pupitres ou groupes d’instruments de l’orchestre, jusqu’à la Cantilène, où seules les cordes se joignent au soliste, qui se fait « envoyer dans les cordes » par une virulente et brusque intervention des cuivres qui débouche sur l’intervention furieuse de l’orchestre. Le violoncelle réapparaît timidement, avant de gagner en assurance et de combattre bravement les divers pupitres, et d’être de nouveau écrasé et de se faire plaintif, pour mieux triompher dans la coda, où il reprend le trait obsessionnel sur une seule note du début, mais cette fois sur un la de son registre aigu. Cette œuvre est somptueuse, avec cette longue angoisse instaurée au début par l’archet courant opiniâtrement sur la même note sèche bientôt rejoint par les appels stridents des trois trompettes... Le passage aléatoire de l’orchestre au centre de la partition est d’une puissance hallucinante, un grand cri de terreur qui conduit toute la dernière partie de cet extraordinaire concerto composé pour Rostropovitch, à l’instar du concerto Tout un monde lointain de Dutilleux, mais qui s’avère plus théâtral, introverti et tragique que ce dernier. Miklós Perényi y est extraordinaire, humble et un peu perdu mais jouant merveilleusement avec une maîtrise d’une implacable précision et une force humaine impressionnante.


Robert Schumann (1810-1856). Photo : daguerreotype de 1850, DR

 
Le concert s’achevait sur la Symphonie n° 2 en ut majeur op. 61 de Robert Schumann, qui a permis à l’Orchestre Philharmonique de Berlin de briller de tous ses feux. Rattle a choisi d’alléger les textures, particulièrement les basses, avec seulement sept violoncelles et cinq contrebasses, et les altos entre les premiers violons et les violoncelles, bois et cuivres par deux, et trombone basse, pour offrir une lecture rayonnante et chaleureuse de cette symphonie qui est sans doute la plus accomplie de Schumann, avec un admirable troisième mouvement, d’une tendresse, d’un onirisme et d’une beauté organique enchanteurs ; un grand moment d’élégance et de spiritualité. L’ample mouvement initial aux lignes acérées et aux textures aérées, chantant à plein poumons a ouvert cette remarquable exécution. Une exécution qui dit combien Rattle a saisi la grâce schumannienne, qui n’est de toute évidence pas le fruit du « mauvais orchestrateur » que d’aucuns condamnent, à l'instar de Gustav Mahler, qui a jugé utile de tout réorchestrer...

Bruno Serrou

1) CD EMI 5 67867 2, avec le concerto pour violoncelle de Dutilleux Tout un monde lointain. Rostropovitch concerte avec l’Orchestre de Paris dirigé par Witold Lutoslawski.

Van Cliburn, le musicien de la paix au temps de la guerre froide qui a donné son nom à l’un des plus fameux concours internationaux de piano est mort mercredi 27 février 2013




Van Cliburn (1934-2013), jouant dans la Grande Salle du Conservatoire de Moscou pendant le Premier Concours International Tchaïkovski, en 1958


Van Cliburn, le pianiste américain dont la victoire au Premier Concours international Tchaïkovski de Moscou en 1958 a fait du jour au lendemain une star planétaire du piano, le propulsant sur le champ dans une carrière lucrative et un succès phénoménal quoique de courte durée, est décédé mercredi 27 février 2013 en son domicile de Fort Worth au Texas des suites d’un cancer des os. Il avait 78 ans

 Nikita Khrouchtchev félicitant Van Cliburn au soir du Premier Concours International Tchaïkovski, en 1958

A 23 ans, immense silhouette dégingandée aux mains démesurées, Van Cliburn avait fait sensation en remportant en pleine guerre froide, tandis que les autorités soviétiques attendaient une victoire de l’un de leurs concitoyens, le premier Concours International Tchaïkovski, manifestation quadriennale créée en 1958 en vue de démontrer la supériorité de la culture soviétique. L’exploit, à Moscou, a été vécu comme le triomphe des Etats-Unis sur l’Union soviétique. Sa prestation dans le Concerto n° 1 pour piano et orchestre de Tchaïkovski et le Concerto n° 3 pour piano et orchestre de Rachmaninov lui a valu une ovation debout de huit minutes d’un public conquis par son talent exceptionnel. Ce qui conforta les juges du concours dans leur décision les incita à demander au Premier secrétaire du Parti communiste, Nikita Khrouchtchev, le droit de récompenser le jeune Américain. « Est-il le meilleur ? », demanda Khrouchtchev. « Alors, donnez-lui le prix ! » Tandis qu’Emil Gilels, membre du jury du concours, se précipitait dans les coulisses pour embrasser Van Cliburn, Sviatoslav Richter, autre juré, le qualifiait de « génie », avant d’ajouter : « Je n’ai pas pour habitude d’utiliser ce terme à la légère à propos des artistes. »



Grâce à cette victoire, le pianiste texan a très vite connu une popularité digne d’une pop-star, attirant l’attention dans son propre pays sur la musique classique dont l’audience commençait à décliner plus ou moins. Lorsqu’il revint aux Etats-Unis, Van Cliburn a eu droit à New York à une « ticker-tape parade » au cœur de Manhattan, devenant ainsi le premier musicien à être acclamé par cent mille personnes rassemblées dans Broadway. Tandis que Time Magazine fait sa une sur une photo du pianiste, titrant « Le Texan qui conquit la Russie », le maire de New York, Robert F. Wagner, déclare lors d’une cérémonie à la mairie : « Avec ses deux mains, Van Cliburn a touché une corde sensible qui a résonné partout dans le monde, ce qui élève notre prestige auprès des artistes et des mélomanes du monde entier ».


Né à Shreveport en Louisiane le 12 juillet 1934, Harvey Lavan (Van) Cliburn Jr. s’était mis au piano à 3 ans, mimant les étudiants de sa mère, Rildia Bee O’Bryan, elle-même élève d’Arthur Friedheim (1859-1932), disciple de Franz Liszt, qui sera sa seule professeur jusqu’à l’âge de 17 ans. A 4 ans, il donnait ses premiers concerts, et remportait à 12 ans un premier concours au Texas, où ses parents s’étaient installés en 1940. Ce qui lui aura permis de se produire aussitôt avec l’Orchestre Symphonique de Houston, déjà dans le Concerto n° 1 de Tchaïkovski. A 17 ans, il entrait à la Juilliard School de New York, où il devint l’élève de Rosina Lhevinne, qui le forgea à la tradition russe du piano. A 20 ans, il remportait le prix de la Fondation Leventritt qui lui ouvrit les portes du Carnegie Hall et de cinq grands orchestres américains, dont l’Orchestre Philharmonique de New York sous la direction de Dimitri Mitropoulos dans le Concerto pour piano n° 1 de Tchaïkovski. Ainsi, Van Cliburn entrait de plain-pied au sein de cette génération de pianistes américains alors des plus prometteurs, aux côtés de Leon Fleisher, Byron Janis et Gary Graffman


Barack Obama remettant à Van Cliburn la National Medal of Arts à la Maison Blanche le 2 mars 2011


Doté de mains d’une amplitude hors norme, Van Cliburn était un pianiste au talent naturel qui a développé une technique magistrale et une sonorité extraordinairement chaude, le tout au service d’une profonde sensibilité musicale. A son meilleur, son jeu était d’une ferveur toute romantique dont les élans étaient atténués par une retenue. Mais, dès la fin des années 1960, l’emphase et l’affectation de son jeu ont rendu chacune de ses apparitions, qu’il commençait le plus souvent par le Star-Spangled Banner, toujours plus caricaturales.  



Sa victoire moscovite fut à la fois un révélateur et une entrave. Si les invitations se sont mises à s’accumuler, organisateurs et public ne souhaitaient l’entendre que dans les deux concertos avec lesquels il avait gagné le Concours Tchaïkovski. « Quand je l’ai remporté, je n’avais que 23 ans, et tout le monde en parlait, constatait-il en 2008. Mais je me sentais comme si j’étais titulaire de ce prix depuis vingt ans. C’était passionnant d’être désiré. Mais c’était aussi une pression. » Tant et si bien que son répertoire resta restreint, tandis que ses prestations publiques se limitèrent dès les années 1960. Puis il finit par se retirer de la scène en 1978. Il revint cependant en 1989, avec un concert à Philadelphie, mais ses apparitions seront toujours occasionnelles. Dans l’intervalle, il avait donné son nom au Concours de Fort Worth qui a couronné des pianistes de renom, comme Yuri Egorov, Radu Lupu, Cristina Ortiz, Nicolaï Petrov, Christian Zacharias… Van Cliburn a donné son ultime concert en septembre dernier au Bass Performance Hall de Fort Worth pour le cinquantième anniversaire de la Fondation Van Cliburn. 

Bruno Serrou

Parmi les enregistrements de Van Cliburn, un indispensable, le CD qui rassemble le Concerto n° 1 de Tchaïkovski et le Concerto n° 3 de Rachmaninov, le premier dirigé par Kirill Kondrachine, captation « live » du Concours Tchaïkovski avec l’Orchestre Philharmonique de Moscou, le second dirigé par Fritz Reiner à la tête de l’Orchestre Symphonique de Chicago (1CD RCA Living Stereo). A noter que RCA a publié l’intégrale de ses enregistrements réunis en un coffret de 29 CD (RCA Red Seal 540723)

Photo : Photos DR